Nkembe
Pesauk Roger
Figure emblématique de la musique camerounaise, Nkembe Pesauk Roger a consacré sa vie à bâtir un héritage musical unique — des hymnes des Lions Indomptables aux albums gospel, en passant par la révélation d'une génération entière d'artistes.
Une enfance marquée par le génie musical
Né le 22 janvier 1952 à l'hôpital central de Bafoussam, Nkembe Pesauk Roger est le fils de Pesauk Jacques, haut fonctionnaire receveur des postes et télécommunications originaire de Badenkop, et de Wakam Jacqueline, femme au foyer originaire de Batoufam. Son enfance, marquée par la séparation de ses parents alors qu'il n'a que trois mois, forge en lui un caractère d'une rigueur et d'une discipline exceptionnelles.
Confié à deux ans à la famille de son ami d'enfance Tim — du célèbre groupe Tim & Foty — il partage avec lui jeux, repas et même lit, dans un contexte social et politique difficile. Le jeune Nkembe dort parfois dans les champs à la belle étoile pour fuir les violences qui frappent les tribus bamilékés et bassa. De cette époque trouble, il tire une force intérieure rare.
Son intelligence se manifeste très tôt : avant même d'aller à l'école, il réexplique les leçons aux autres enfants. Une fois scolarisé à six ans, il est régulièrement premier de classe dans tous les établissements qu'il fréquente — à Bafoussam, Yaoundé, Meiganga et Garoua.
"Peut-être que c'est à cette époque, lorsque je dormais dans le même lit que Tim, qu'une nuit Dieu nous a visité avec les talents de musique qui ont déterminé par la suite nos destins respectifs."
— Nkembe Pesauk Roger
Un talent hors du commun
Dès l'âge de quatre ans, Nkembe Pesauk est capable de reproduire intégralement une chanson après une seule écoute à la radio, avec une précision étonnante dans les harmonies et les sonorités. Doté de l'oreille absolue, il fascine son entourage. Autodidacte, il compose ses propres chansons dès cet âge, fabrique sa propre guitare à dix ans, et devient à seulement dix-sept ans un musicien accompli.
Instruments maîtrisés
Influences musicales
Son univers musical est profondément ancré dans la musique noire américaine — James Brown, Otis Redding, Wilson Pickett, la Motown — mais aussi dans l'afrobeat et le highlife. Il fut parmi les premiers à introduire la musique de Fela Kuti au Cameroun à la fin des années 1960.
Le YUM : naissance d'un mouvement
En 1971, Nkembe Pesauk intègre l'Université de Yaoundé I pour des études scientifiques. Parallèlement, il s'implique activement dans la vie musicale du campus. Visionnaire, il propose la fusion des deux orchestres universitaires existants pour créer une formation unique — initiative qui donne naissance en 1973 au YUM (Yaoundé University Music).
Le YUM devient rapidement l'un des meilleurs orchestres du Cameroun. Nkembe s'y forme également dans les cabarets de Yaoundé, notamment au célèbre Philanthrope, aux côtés de grandes figures comme Moustique Ambassa.
Titulaire d'une licence en mathématiques, il obtient une bourse pour les États-Unis, où il poursuit des études en ingénierie environnementale. Cette immersion dans l'industrie musicale américaine, notamment l'exemple des Jackson Five, forge sa vision d'un label camerounais d'envergure internationale.
"De retour au Cameroun en 1983, il nourrit une ambition claire : utiliser la musique comme vecteur d'unité nationale et de rayonnement africain."
SOYOKO & RRUM-TAH : un rêve devenu réalité
De retour au Cameroun en 1983, Nkembe Pesauk fonde SOYOKO — Sounds of Yoko — avec ses anciens compagnons du YUM : Emile Nzalli, David Tonye, N'hanack, Bernard Tchoula, Tangwa Sa'a Elvis et Celia. Le nom fait référence à la ville de Yoko, symbole d'identité et d'ancrage dans les racines camerounaises.
Parallèlement, il crée RRUM-TAH, groupe composé d'enfants dont ses propres filles Ahriyell et Laya. Inspiré des groupes familiaux américains, ce projet devient rapidement un phénomène musical au Cameroun et au-delà. Avec une forte identité artistique et des titres à succès, RRUM-TAH s'impose comme une référence unique dans l'histoire de la musique camerounaise.
Le groupe cesse ses activités en 1994, lorsque Nkembe Pesauk choisit de s'orienter vers la musique chrétienne, en accord profond avec ses convictions personnelles.
"We shoot for miracles. La devise de SOYOKO traduit une ambition portée à la jeunesse camerounaise : le rêve est possible, et il doit être poursuivi sans limite."
— Nkembe Pesauk Roger · Fondateur SOYOKOLe compositeur des Lions Indomptables
Nkembe Pesauk possède un don rare pour la composition d'hymnes — des mélodies qui transcendent le divertissement pour devenir des monuments collectifs, fredonnés des décennies après leur création. Il a marqué l'histoire du Cameroun en accompagnant les Lions Indomptables lors de leurs plus grandes heures.
"Rien ne sera plus jamais pareil dans la musique camerounaise !"
— Cameroon Tribune, à la sortie de Soyoko One · 1987Un révélateur de talents
Au-delà de sa propre carrière, Nkembe Pesauk possédait ce don rare de détecter et d'accompagner le talent des autres. Il a révélé et produit une génération entière d'artistes camerounais, laissant sur chacun d'eux l'empreinte indélébile de sa vision.
Son héritage
Nkembe Pesauk Roger nous a quittés, mais son œuvre demeure vivante. Les mélodies qu'il a composées résonnent encore dans les stades et dans les mémoires. Les artistes qu'il a révélés portent en eux sa vision. Les albums qu'il a produits restent des jalons de l'histoire musicale camerounaise. SOYOKO est son testament.
